Le gaspillage et ses enjeux

Selon les estimations de la FAO, un tiers des aliments produits pour la consommation est perdu ou gaspillé, soit 1,3 milliard de tonne d’aliments par an. Au Canada 30,4% des aliments produits sont gaspillés et les pertes économiques qui en découlent s’élèvent à 100 milliards de dollars par an.

Au niveau mondial, produire la nourriture qui sera jetée nécessiterait annuellement l’équivalent de la surface du Canada et de l’Union Européenne combinés en terres agricoles,  300 millions de barils de pétrole et produirait jusqu’à 8% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.

L’industrie alimentaire (producteurs, transformateurs, distributeurs, etc.) est souvent perçue comme responsable de ce gâchis. Cependant, le gaspillage alimentaire concerne tout le monde et les consommateurs ont aussi une part de la responsabilité : En effet, 21% du gaspillage alimentaire aurait lieu dans nos foyers, soit environ 150 kg, ce qui représente 1000$ de pertes économiques pour les ménages tous les ans.  Alors que les Nord-Américains et des Européens n’estiment gaspiller que de 1 à 5% de la nourriture qu’ils ramènent à la maison, ils en jetteraient en réalité entre 14 et 25%!

Concrètement, le gaspillage se décline en trois enjeux majeurs : environnementaux, sociaux et économiques

Enjeux environnementaux

Le long chemin du gaspillage

Avant d’arriver à notre assiette, nos aliments ont mobilisé énormément de ressources (pétrole, eau, gaz naturel, sol, etc.). On utilise des engrais à base de pétrole; on travaille le sol avec de la machinerie fonctionnant au diesel; on chauffe ou climatise au mazout ou au gaz naturel les bâtiments pour l’élevage ou pour l’entreposage; on transporte les aliments sur des milliers de kilomètres par bateau, par camion diesel ou pire encore par avion; sans oublier les emballages souvent composés de pétrole (plastique). Notre alimentation est somme toute très énergivore et très dépendante des énergies fossiles.

De plus, lorsque la nourriture gaspillée se décompose dans les sites d’enfouissement, elle émet du méthane, un gaz 25 fois plus puissant que le gaz carbonique en potentiel de réchauffement global. En fait, si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le 3e plus gros producteur de gaz à effet de serre, après la Chine et les États-Unis!

Produire la nourriture qui sera jetée gaspille annuellement 1,4 milliard d’hectares de terres agricoles. Cela équivaut à la superficie de toutes les terres agricoles du Canada et de l’Union européenne combinées. C’est un enjeu très important parce qu’afin de nourrir les 9 milliards de personnes présentes en 2050, des forêts continueront d’être transformées en terres pour cultiver de la nourriture pour le bétail et, en moindre partie, des végétaux consommés directement par les humains. Ce gaspillage de terres participe grandement à la déforestation et au déclin de la biodiversité.

En raison de la disponibilité limitée des ressources naturelles, il serait plus rentable de réduire le gaspillage alimentaire que d’accroître la production agricole pour nourrir une population croissante. La FAO évalue qu’en réduisant de moitié le gaspillage alimentaire, il faudrait augmenter de 32 % la production alimentaire mondiale pour nourrir les neuf milliards d’humains projetés en 2050. À l’heure actuelle, la hausse nécessaire est estimée à 60 %.

Enjeux Sociaux

Nourrir la planète

En 2018, au Québec, les banques alimentaires ont reçu mensuellement 1,9 million de demandes d’aide alimentaire d’urgence (Bilan-Faim, 2018). De nombreux québécois vivent de l’insécurité alimentaire alors que parallèlement, la firme Solinov (2013) a estimé à 300 000 tonnes la nourriture gaspillée chez les distributeurs. Plusieurs initiatives existent pour redistribuer les denrées vers les organismes œuvrant en sécurité alimentaire (cuisines collectives, petits déjeuners et collations, distributions alimentaires, etc.), mais le manque de ressources auquel ils font face les empêchent d’élargir leurs actions. D’autres pistes de solutions existent, comme la révision du système de date de péremption ou la création de marchés parallèles pour les aliments mal-aimés.

À plus grande échelle, c’est plus de 820 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde (FAO, La Sécurité Alimentaire et la Nutrition dans le Monde) alors qu’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillée.

Enjeux économiques

De l’argent jeté par les fenêtres, ou plutôt, à la poubelle!

Les pertes financières liées au gaspillage alimentaire sur toute la chaîne agroalimentaire au Canada est évaluée à plus de 100 milliards de dollars par an, considérant toutes les composantes telles que le travail, le transport, les infrastructures, etc (Value Chain Management, 2014).

Ce sont en partie les impôts du contribuable qui paient pour le traitement de ces déchets. Aussi, le coût des stocks invendus, pertes pour les commerces, se répercute sur le prix des aliments vendus. Le client paye non seulement pour les aliments qu’il achète, mais en partie pour les pertes des commerces.

Pour leur part, les mangeurs-consommateurs gaspillent eux-mêmes leur argent en jetant les aliments qu’ils ont achetés. Nous estimons que les ménages québécois perdent de 1000$ à 1785$ par année en gaspillant la nourriture qu’ils ont achetée.

Les causes et les solutions

Gaspillage, la conséquence du panier d’épicerie le moins cher ?

Le coût moyen du panier d’épicerie québécois augmente continuellement. Pourtant, les promotions à répétition dans les supermarchés ont une influence importante quant à la valeur que nous accordons, consciemment ou non, aux aliments. La surabondance et l’accessibilité aux aliments ont raison de notre conscientisation aux enjeux du gaspillage. Finalement, est-ce bien grave de gaspiller une carotte si en tant que consommateur, je suis capable de m’en procurer 5 livres pour seulement 1.25$ ? Les répercussions sont peut-être faibles à courte échéance mais, qu’en est-il de plusieurs dizaines d’aliments? De plusieurs milliers de foyers de consommation?

Une vie de plus en plus rapide

L’évolution des comportements sociaux et des habitudes de vie ont très clairement eu de nombreuses répercussions sur nos modes de consommation et de gaspillage. Les générations précédentes gaspillaient nettement moins. Aujourd’hui, les ménages québécois, ayant une vie en général très active, consacrent de moins à moins de temps à la cuisine. Ils mangent davantage de mets préparés. Cela entraîne évidemment une perte en termes de transmission de savoirs et d’habiletés culinaires permettant notamment aux nouvelles générations d’apprendre à planifier ses repas, à cuisiner avec ce qu’on a déjà dans le frigo ou encore à bien conserver les aliments.

Une perception erronée de notre gaspillage

Mais qui donc a l’impression de gaspiller ? Non, pas vous. Personne. Une récente étude belge a démontré que les consommateurs auto-évaluent leur propre gaspillage alimentaire à 5% de leurs aliments environ. Or, le gaspillage réel observé est de 3 à 5 fois supérieur à ce qui est estimé par la personne. En réalité, c’est entre le quart et le tiers des denrées alimentaires qui sont gaspillées.

Estimer adéquatement ses habitudes de consommation et de gaspillage est la première étape pour pallier le problème. Pour cela, rien de mieux que peser ses pertes alimentaires pour mieux évaluer les quantités.

Gaspiller comme luxe social, une vision en voie de désuétude

Pouvoir gaspiller peut représenter l’opulence, être un signe d’abondance et d’aisance financière. Si l’argument économique n’est pas une préoccupation, il est de bon ton pour certains de ne pas manger les restants, de se payer le luxe de la variété, de la fraîcheur renouvelée, pour une consommation « de qualité ». Or, c’est aussi se départir de ressources inestimables!

Subventionne-t-on le gaspillage ?

Le gaspillage alimentaire est à la fois une conséquence d’une alimentation qui vient de plus en plus loin et d’une logistique de distribution et de loi du marché de plus en plus complexe. Certaines productions (en totalité ou en partie) sont parfois laissées au champ faute de rentabilité dû aux aléas du marché ou encore faute de convenir aux standards de l’industrie. Nos politiques agricoles tentent de maintenir une industrie, plutôt que de promouvoir un modèle sain et nourricier. On subventionne le porc à la tonne alors qu’on pourrait plutôt diversifier et relocaliser notre agriculture pour combler les besoins de nos populations et recréer plus de liens directs entre la ferme et le mangeur. Les légumes aux formes moins parfaites retrouveraient alors leur place au cœur de notre panier.

Maintenant, que pouvons-nous faire?

Se motiver

En avoir pour son argent

Si l’on considère qu’environ le tiers du panier d’épicerie se retrouve à la poubelle au niveau domestique, alors c’est entre 1000 et 1785$ par année, par ménage, qui pourraient être économisés si on évitait le gaspillage.

Gagner du temps

Éviter de faire l’épicerie à chaque nouvelle recette entreprise, mais plutôt partir d’ingrédients déjà en notre possession pour élaborer nos repas permet d’économiser du temps. Moins d’aller-retours à l’épicerie, moins de temps passé dans les rayons, c’est plus de temps pour cuisiner à la maison!

Un frigo qui respire et un garde-manger bien rangé

La bonne gestion de son frigo et de son garde-manger est à la base de la consommation raisonnée afin d’éviter le gaspillage. Un inventaire facilité permet de ne pas acheter en double!

Par amour des aliments

Parce que les aliments ont une valeur autre que monétaire et qu’ils sont le résultat d’un long travail de la terre, ils méritent d’être utilisés de façon optimale. Faites appel à votre créativité pour les transformer comme un chef et leur donner une seconde vie dans votre assiette!

Gaspillage alimentaire