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Un projet des AmiEs de la Terre de Québec

Finis ton assiette!

Le dimanche avant Noël, j’assiste à une rencontre sur le thème « Noël autrement » où une personne témoigne de sa démarche pour transformer son Noël : plutôt que d’offrir des cadeaux à leurs enfants, elle et sa famille ont décidé de fabriquer des biscuits qu’ils distribuent la nuit de Noël! Formidable initiative qui m’enthousiasme beaucoup!

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Et si on changeait nos habitudes?

La semaine suivante, je reçois des amis et après le repas … on finit par jeter ce qui a été laissé. Ce sont surtout les enfants qui, occupés à jouer, ont laissé des assiettes quasi pleines. Rien de grave, certes, mais, crinquée par l’exemple de cette personne qui a décidé de transformer son Noël et sa façon de faire, je me dis : en 2017, je ne jette plus de nourriture.
Je sais que je fais partie du problème, car sur les 40% de la nourriture comestible qui est gaspillée, 47% est jeté par le consommateur .

 

En quantité raisonnable

Cet été, quand je suis allée en France avec mes enfants, les gens qui nous invitaient à manger remplissaient notre assiette en quantité raisonnable et nous demandaient de la finir après, parce que, comme le disait une amie à ma fille : « des gens ont travaillé fort pour tout ce que tu as dans ton assiette » et j’ajouterai, des animaux sont morts (loin de moi l’idée d’inciter au végétarisme, juste prendre conscience de ça). Quand j’étais enfant, ma mère me demandait aussi de finir mon assiette. On me disait aussi : « pendant que tu boudes ton assiette, il y a des enfants qui meurent de faim dans le monde ». Cette phrase a-t-elle encore du sens dans notre cynisme ambiant?
J’ai des enfants de 9 et 11 ans et j’ai pris l’habitude de finir leur assiette, plutôt que de moins la remplir et de leur demander de la finir eux-mêmes.

 

La bouffe, un produit de consommation comme un autre?

Bon, ces réflexions me laissent insatisfaite, il me semble que la bouffe est devenue un produit de consommation comme un autre, alors que ce devrait être considéré comme un bien précieux. Je lance la discussion sur mon groupe facebook « Alma en transition » : pourquoi gaspille-t-on tant de bouffe quand on nous dit que des Québécois ne mangent pas à leur faim ? Un des amis du groupe témoigne n’avoir jamais eu ce problème de gaspillage chez lui : « Ça remonte à mon enfance, ma mère me poussait à finir mon assiette, la circulaire coutait trop cher, nous n’allions pratiquement pas au resto. ». D’autres personnes proposent des solutions : «offrir les surplus des cafétérias à ceux qui en ont besoin », « faire notre petit jardin, connaître ceux qui produisent nos fruits et légumes, cuisiner chez nous (ou avec des amis et des parents dans une cuisine communautaire par exemple), acheter des mets transformés localement et avec un haut contenu de produits locaux, ajuster notre alimentation aux saisons avec les produits disponibles localement. Et, pour ce que nous ne pouvons pas produire ici, assurons-nous que ce soit produit, transformé et transporté de manière étique et dans le respect de l’environnement. Enfin, assurons-nous aussi d’y trouver du plaisir et une réelle satisfaction. ». Et puis aussi : « resserrer les liens car des communautés plus solidaires n’accepteraient pas de gaspiller 40% (ni même 10%) de leur nourriture, pas plus qu’ils ne tolèreraient que des gens (leurs voisins) n’arrivent pas à nourrir convenablement leurs enfants. ».

 

Les besoins de base

Pour ma part, c’est en faisant le ramadan que j’ai pu réfléchir à ce qu’est avoir faim. Je n’ai aucune religion, mais j’ai fait le ramadan une fois, pour voir. C’est un moment (comme le Carême pour les Chrétiens, je crois) où on peut profiter du manque de nourriture pour se rendre compte que c’est un bien précieux.
Je n’ai jamais souffert de la faim, jamais connu la grande pauvreté. Mon ex-conjoint, qui a grandi au Sénégal, a vécu des périodes plus difficiles. Pourtant là-bas, dans les maisons, il y a toujours une assiette pour les plus pauvres. On ne jette pas la nourriture : puisqu’on mange dans un plat commun, il y a toujours quelqu’un qui va finir. Et s’il y a des restes, on les sert en collation aux enfants. Paradoxalement, ici, il jetait souvent de la nourriture : même s’il cuisinait très bien, il servait toujours les assiettes si abondamment que l’on n’arrivait pas toujours à finir. Et puis en fin d’année, on essayait de couper sur le panier d’épicerie pour pouvoir acheter le dernier jeu vidéo à la mode pour nos enfants à Noël. Et on se sentait pauvres si on n’avait pas les moyens de se l’acheter ! Nous vivons dans une société où on a tellement de besoins que l’on oublie les priorités, dont on devrait pouvoir tous bénéficier : se loger, se chauffer, se nourrir, être en sécurité.

 

Choses à éviter

  • On achète au prix le plus bas et en grande quantité, on se retrouve avec les placards pleins et au bout d’un moment, on jette ce qui est périmé, mais ce n’est pas grave, ça n’a pas coûté cher! Pourquoi ne pas vérifier quels sont ses besoins et acheter en conséquence?
  • Chez soi, chez des amis, au resto, on nous sert trop, on n’a plus faim, et ça va être jeté. Pourquoi ne pas demander dès le début, une assiette moins remplie, préciser aux amis, au serveur, qu’on n’aime pas certains ingrédients?
  • Pour Noël, pour l’Aïd ou ramadan (pour les fêtes que je connais), on est pris d’une envie d’acheter beaucoup de bouffe. Si on veut avoir son mouton pour l’aïd, pourquoi ne pas faire une grosse bouffe avec des Musulmans et non Musulman, puisque à la base, l’idée de cette fête était le partage? C’est la même chose à Noël!
  • Sauve ta bouffe mentionne le fait de ne pas faire des courses pour chaque nouvelle recette, en revanche faire de petites courses régulièrement me paraît moins risqué que de remplir son chariot d’un milliard de choses qui vont se perdre.

Épilogue…

Bref, j’essaie de changer ma façon de faire, mais encore cette semaine, en préparant des biscuits à offrir autour de moi, j’en ai fait brûler quelques-uns… Je me suis rattrapée le soir de Noël en invitant des amis, et en réussissant à avoir une belle ambiance sans remplir les assiettes exagérément : zéro gaspillage ce soir-là! Et désormais, je demande aux enfants de finir leur assiette et devinez quoi… ça marche!

 

Par Elsa Moulin, collaboratrice du projet Sauve ta bouffe

 

Pour savoir comment ne pas gaspiller lors des fêtes de fin d’années, cliquez ici.

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